JeremStar au tribunal : quand dénoncer la torture devient un délit
Le 2 avril 2026, au tribunal correctionnel de Nîmes, JeremStar s’est présenté avec un t-shirt portant l’inscription « Torturer des taureaux est un crime ». La présidente de l’audience lui a demandé de le retirer.

Cette scène résume à elle seule l’absurdité du moment : on juge un militant pour avoir interrompu une corrida, pendant que la souffrance qu’il dénonçait reste légale dans certaines arènes françaises.
Les faits
En septembre 2025, lors de la Feria des Vendanges à Nîmes, JeremStar (Jérémy Gisclon) a sauté dans l’arène pour dénoncer la corrida. Avec d’autres militants, il a perturbé le spectacle pendant quelques instants.
Il est poursuivi pour « intrusion dans une enceinte sportive » et « trouble d’une manifestation sportive ». Le procureur a requis entre 5 000 et 6 000 euros d’amende et une interdiction de fréquenter les arènes. Le délibéré est attendu le 9 juin 2026.
Une interdiction de principe… avec exceptions locales
L’article 521-1 du Code pénal punit les sévices graves et actes de cruauté envers les animaux. Pourtant, un alinéa prévoit que ces dispositions ne s’appliquent pas aux courses de taureaux « lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée », ni aux combats de coqs dans les localités où cette tradition existe.
La corrida est donc interdite en France… sauf dans une poignée de départements du Sud où elle bénéficie d’une dérogation culturelle. Même logique pour les combats de coqs, encore autorisés dans le Nord, le Pas-de-Calais et certains territoires d’outre-mer. Ailleurs, ils sont interdits.
La souffrance du taureau : ce que dit la science
Les taureaux possèdent des nocicepteurs fonctionnels. Les banderilles, piques et estocade provoquent des lésions musculaires, nerveuses et vasculaires importantes. L’animal perd plusieurs litres de sang, subit un stress extrême (cortisol élevé) et une douleur prolongée avant la mise à mort.
Les études vétérinaires et neurobiologiques montrent clairement des comportements de fuite, des tremblements et une détresse physiologique incontestable. Rien ne permet d’affirmer que le taureau « aime le combat » ou ne souffre pas.
Mais les taureaux peuvent aussi être des êtres doux
Une fois sortis du contexte de peur et de violence, les taureaux révèlent une tout autre nature. Dans les sanctuaires animaliers, nombreux sont ceux qui développent des liens profonds avec leurs soigneurs. Ils se laissent caresser, suivent les humains comme de grands chiens, et montrent une réelle capacité d’attachement et de confiance.
Jobard, un taureau sauvé, est devenu célèbre pour sa douceur et sa complicité avec sa protectrice. Ces histoires rappellent une vérité simple : le taureau n’est pas une machine à combat.
C’est un être sensible, capable d’affection et de calme quand on lui en donne l’occasion.
L’incohérence des traditions
La loi tolère donc certaines « traditions » qui infligent souffrance et mort publique. On interdit les combats de coqs dans la majeure partie du territoire, mais on les maintient là où ils sont « ancestraux ».
On protège les animaux dans les abattoirs (au moins sur le papier), mais on autorise leur torture ritualisée dans l’arène.
Cette logique pose une question de fond : jusqu’où une tradition justifie-t-elle la souffrance ? L’histoire montre que de nombreuses pratiques autrefois considérées comme culturelles (duels, châtiments corporels publics…) ont été abandonnées au nom du progrès moral.
Une criminalisation croissante de l’activisme bienveillant
Aujourd’hui, dénoncer cette souffrance ou tenter de la perturber pacifiquement expose à des poursuites.
On parle d’« écoterrorisme » pour des actions contre des projets polluants.
On poursuit des militants qui sauvent des animaux destinés à l’abattoir.
Et on juge JeremStar pour avoir osé dire, devant des milliers de personnes, que torturer un animal pour le spectacle est inacceptable.
Une société cohérente avec ses valeurs ?
La France se veut pays des droits et de la protection animale. Elle a reconnu les animaux comme des « êtres sensibles ». Pourtant, elle maintient des exceptions qui contredisent ce principe.
Le succès croissant des mouvements anti-corrida, notamment chez les jeunes, montre que la société évolue. Les mentalités changent plus vite que la loi.
Dénoncer la souffrance animale ne devrait jamais être traité comme un délit plus grave que la souffrance elle-même.
Et maintenant ?
L’affaire JeremStar n’est pas seulement celle d’un influenceur. C’est le symptôme d’une tension entre traditions héritées et évolution éthique.
La vraie question n’est plus seulement « Faut-il interdire la corrida ? »
Elle est : jusqu’où une société moderne peut-elle accepter de protéger légalement la mise à mort publique d’un animal sensible au nom d’une tradition ?
Et jusqu’où est-on prêt à criminaliser ceux qui osent le dire haut et fort ?