Gina décapitée par un train SNCF : si c'était un bébé humain, le train serait-il reparti ?
Neko, janvier 2023 : le drame qui aurait dû tout changer
Le 2 janvier 2023, en gare de Paris-Montparnasse, un chat prénommé Neko s'échappe de son transporteur. Appartenant à deux Bordelaises, une mère et sa fille, il se réfugie sous un TGV. Malgré leurs demandes désespérées pour retarder le départ, le train Paris-Bordeaux repart. Neko est écrasé. La SNCF déclare que l'animal n'était "pas visible".
L'émotion est nationale et immédiate. Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, se dit "particulièrement choqué". Le ministre des Transports Clément Beaune écrit officiellement au PDG de la SNCF. La Fondation 30 Millions d'Amis dépose plainte dès le 24 janvier 2023. Un procès s'ouvre en juin 2023. Le 4 juillet, le Tribunal de Police de Paris condamne la SNCF pour "atteinte involontaire à la vie ou à l'intégrité d'un animal domestique" à 1 000 euros d'amende et 1 000 euros de dommages et intérêts à chacune des deux propriétaires. Une condamnation symbolique, presque dérisoire, mais une reconnaissance juridique importante.
Mais la SNCF fait appel. Et en novembre 2024, la Cour d'appel de Paris la relaxe entièrement, estimant qu'aucune faute n'avait été commise. La mort de Neko ne coûte finalement rien à la SNCF. Ni juridiquement, ni financièrement.
Le protocole Neko : une avancée insuffisante
Face à l'indignation publique, la SNCF met en place ce qui sera appelé le "protocole Neko" : en cas d'animal domestique échappé sur les voies, un retard maximum de 20 minutes est accordé pour tenter de le retrouver et le sécuriser. C'est une avancée. Mais une avancée que beaucoup jugent déjà insuffisante au moment où elle est annoncée.
20 minutes. C'est le temps que la SNCF estime raisonnable pour tenter de sauver un être vivant. Au-delà, le train repart, quel qu'en soit le résultat. Car les horaires, les connexions, les impératifs économiques reprennent leurs droits. La vie d'un animal a un prix, et la SNCF vient de le fixer à 20 minutes de retard.
Stéphane Lamart, président fondateur de l'association éponyme et partenaire de longue date de la protection animale en France, l'avait dit clairement : "Un règlement intérieur ne saurait se substituer aux obligations prévues par la loi." Le protocole Neko est une réponse médiatique, pas une réponse juridique. Et la suite lui donnera tragiquement raison.
Gina, juin 2026 : la tragédie se répète
Trois ans après Neko, presque jour pour jour, l'histoire se répète. En gare de Lyon à Paris, Gina, la chatte d'Olivier Benkemoun, journaliste, s'échappe de son sac et se réfugie sous un train. Son propriétaire alerte immédiatement les équipes de la gare. Il se met à plat ventre sur le quai pour tenter de l'apercevoir. Il entend Gina miauler sous le train.
La SNCF mobilise une vingtaine d'agents, du personnel de gare, des équipes du train, des pompiers et des forces de l'ordre. Pendant plus de 30 minutes, ils cherchent sans succès. Puis le protocole arrive à son terme. Le train repart. Gina est décapitée.
Olivier Benkemoun dépose plainte contre la SNCF. "J'étais à plat ventre sur le quai, un policier s'est accroupi, mais vous êtes seul à essayer de sauver votre animal, le protocole Neko n'est pas assez poussé", déclare-t-il à l'AFP. Stéphane Lamart réagit immédiatement dans un communiqué : "Le drame de Gina démontre que la SNCF n'a manifestement pas tiré les enseignements de l'affaire Neko." Trois ans de protocole, deux chats morts dans des circonstances quasi identiques. La question s'impose d'elle-même : qu'est-ce qui a vraiment changé ?
Si c'était un bébé humain, le train serait-il reparti ?
Posons la question directement, sans détour. Si c'était un bébé humain qui s'était glissé sous ce train en gare de Lyon, le conducteur aurait-il reçu l'ordre de repartir au bout de 20 minutes ? Si c'était un enfant qu'on entendait pleurer sous les roues, aurait-on laissé le train s'ébranler ? La réponse est évidente et universelle : non. Jamais. Sous aucun prétexte. Les secours auraient été déployés massivement, la gare paralysée, tous les trains arrêtés le temps nécessaire, sans limite de temps.
Mais Gina n'est pas un bébé humain. Gina est un animal. Et dans notre société, cela fait toute la différence.
Juridiquement d'abord. Jusqu'en 2015, les animaux étaient définis par le Code civil français comme des "biens meubles". Une réforme a depuis reconnu les animaux comme des "êtres vivants doués de sensibilité", une avancée symbolique importante. Mais dans les faits, cette reconnaissance reste largement théorique. Quand il s'agit de peser la vie d'un chat contre 20 minutes de retard d'un TGV, c'est encore l'animal qui perd.
Philosophiquement ensuite. Le lien qui unit un être humain à son animal de compagnie est aujourd'hui scientifiquement documenté comme un attachement profond, comparable dans sa nature neurologique et émotionnelle à certains liens humains. Des études publiées dans des revues scientifiques montrent que la perte d'un animal peut provoquer un deuil aussi intense que la perte d'un proche humain. Olivier Benkemoun n'a pas perdu un objet. Il a perdu un être qui partageait sa vie, ses journées, son intimité. Cette douleur est réelle, légitime, et mérite d'être prise au sérieux.
Sociétalement enfin. Nous vivons une époque de contradiction profonde sur la question animale. D'un côté, l'attachement aux animaux de compagnie n'a jamais été aussi fort : en France, on compte plus d'animaux de compagnie que d'êtres humains. De l'autre, le cadre légal et institutionnel peine à suivre cette évolution culturelle. La SNCF n'est pas malveillante. Elle applique des procédures pensées avant que la société ne comprenne vraiment ce que représente un animal de compagnie pour son propriétaire. Mais ces procédures sont désormais en décalage flagrant avec la réalité émotionnelle et sociale de millions de Français.
Que faut-il changer ?
Le protocole Neko existe. Il est insuffisant. Ce que réclament les associations et les propriétaires concernés est simple et concret : allonger significativement le délai d'intervention, former les agents à la gestion des situations d'urgence animale, doter les gares de matériel adapté pour sécuriser les voies et récupérer les animaux, et surtout inscrire dans la loi des obligations claires plutôt que de laisser la vie d'un animal dépendre d'un règlement intérieur que la SNCF peut interpréter à sa guise.
La Fondation 30 Millions d'Amis a déjà interpellé les autorités suite à la mort de Gina. Stéphane Lamart et son association, dont vous pouvez soutenir le combat gratuitement via 1 CLIC 1 DON sur https://www.1clic1don.fr/don-video/association/association-stephane-lamart, continuent de se battre pour que la loi protège réellement les animaux, pas seulement sur le papier.
Neko en 2023. Gina en 2026. Si rien ne change, qui sera le prochain ? Et combien de temps encore allons-nous fixer à 20 minutes la valeur d'une vie ?