Déforestation : 40 terrains de football par minute, et nous en sommes tous responsables

40 terrains de football par minute : le chiffre qui donne le vertige


Quarante terrains de football. C'est la superficie de forêt qui disparaît chaque minute sur notre planète. Pas par an. Pas par jour. Par minute. Pendant que vous lisez cette phrase, plusieurs dizaines d'hectares de forêt ont cessé d'exister. Il y avait environ 3 400 milliards d'arbres sur notre planète selon une évaluation de 2015. Ce nombre est en forte diminution : environ 15,3 milliards d'arbres sont coupés chaque année, particulièrement dans les zones tropicales.


Au cours des deux dernières décennies, 57% de la déforestation mondiale a été causée par l'exploitation de seulement 7 matières premières : l'huile de palme, le soja, le bœuf, le bois, le cacao, le café et le caoutchouc. Sept produits. Sept filières que nous finançons chaque jour sans le savoir, ou sans vouloir le savoir. Car derrière chaque steak, chaque tasse de café, chaque barre chocolatée, chaque cigarette et chaque smartphone se cache une forêt qui a brûlé, une biodiversité qui a disparu, un poumon de la planète qui ne respirera plus jamais.



La viande, première déforesteuse de la planète


Soyons directs : si vous mangez de la viande, vous participez au premier facteur de déforestation mondiale. Ce n'est pas une opinion militante. C'est ce que disent les données de la FAO, de l'ONU et de dizaines d'études scientifiques indépendantes.


Le pâturage bovin est la première cause de déforestation dans le monde, représentant 38,5% de la déforestation mondiale, soit l'équivalent de l'impact du soja et de l'huile de palme réunis. L'élevage est responsable de 14,5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et de 65% de la déforestation en Amazonie. Soixante-cinq pour cent. Presque les deux tiers de la destruction de l'Amazonie portent une seule et même signature : l'élevage bovin.


Et le paradoxe français est particulièrement douloureux à entendre. Nous mangeons en grande partie de la viande française, élevée sur notre territoire. Mais ce que peu de consommateurs savent, c'est que ces animaux sont majoritairement nourris au soja importé du Brésil, souvent transgénique, cultivé sur des terres arrachées à la forêt amazonienne. En mangeant un steak français, nous finançons donc indirectement la déforestation brésilienne. La chaîne est invisible, mais elle est réelle et documentée.


Le soja mérite d'ailleurs une mention particulière. 16% de la forêt amazonienne a été convertie en surface de culture pour le soja, une culture dont l'essentiel sert non pas à nourrir des humains directement, mais à engraisser des animaux d'élevage dans le monde entier. Chaque kilo de viande bovine nécessite en moyenne 7 kg de céréales et de soja pour être produit. L'équation est simple et brutale : manger de la viande, c'est consommer de la forêt.


L'assiette qui rase la forêt : palmier à huile, cacao, café


Si la viande est la première accusée, elle n'est pas seule sur le banc des coupables. L'huile de palme, omniprésente dans les produits industriels, les cosmétiques et les agrocarburants, est le deuxième grand moteur de déforestation mondiale. Le défrichement de la forêt pour la plantation de palmiers à huile représente 45% de la déforestation en Asie du Sud-Est et 31% en Amérique du Sud depuis 1989.

Le cacao, le café et le thé complètent ce tableau sombre.


Ces cultures, massivement exportées vers les pays occidentaux, ont contribué à la disparition de vastes étendues forestières en Afrique de l'Ouest, en Amérique centrale et en Asie du Sud-Est. Le chocolat que nous consommons, le café que nous buvons chaque matin portent en eux une part de déforestation que les emballages soignés et les slogans de durabilité peinent à dissimuler.


Les agrocarburants, présentés il y a vingt ans comme une solution écologique au pétrole fossile, ont eux aussi contribué à la destruction des forêts tropicales, particulièrement au Brésil et en Indonésie, où des millions d'hectares de forêts ont été convertis en plantations de canne à sucre ou de palmiers pour produire du bioéthanol et du biodiesel. Une fausse bonne idée dont les conséquences forestières sont aujourd'hui bien documentées.


La cigarette, tueuse de forêts


Le tabac tue les fumeurs. Mais avant même d'atteindre les poumons des consommateurs, il s'attaque aux forêts du monde entier. 200 000 hectares de forêts disparaissent chaque année pour créer des champs de culture de tabac, avec entre 8 et 20 kilos de bois nécessaires pour faire sécher un kilo de tabac. 600 millions d'arbres sont ainsi détruits chaque année par l'industrie du tabac, soit près de 5% de la déforestation annuelle mondiale, avec un arbre nécessaire pour produire 300 cigarettes, soit une cartouche et demie.


Au sud de l'Afrique, plus de 140 000 hectares de terrains boisés indigènes disparaissent chaque année pour fournir du bois pour le séchage du tabac, représentant 12% de la déforestation annuelle totale de la région. Des pays comme le Zimbabwe, le Malawi ou la Tanzanie voient leurs forêts disparaître à un rythme alarmant, directement lié à la demande mondiale de cigarettes. Une réalité que l'industrie du tabac s'est longtemps employée à dissimuler, avec le même cynisme qu'elle a mis à nier les effets du tabac sur la santé.


Votre smartphone cache un crime forestier


Vous lisez peut-être cet article sur votre smartphone. L'objet que vous tenez dans la main contient du coltan, un minerai composé de colombite et de tantale, indispensable à la fabrication des condensateurs qui alimentent nos téléphones, tablettes et ordinateurs. La République Démocratique du Congo détient 70% des réserves mondiales de coltan. Et le coltan se trouve sous les forêts.


Pour l'extraire, on rase. On creuse. On détruit. La RDC a perdu 8,6% de son couvert forestier depuis 2000, et l'extraction minière, particulièrement celle du coltan, est identifiée comme l'un des principaux moteurs de cette déforestation. Des parcs nationaux entiers, comme le parc de Kahuzi-Biega, sont ravagés par des mines clandestines qui opèrent sans aucune évaluation environnementale préalable.


Et ce n'est pas tout. Selon Amnesty International, 40 000 enfants travaillent dans des conditions inhumaines dans des mines illégales en République Démocratique du Congo pour extraire ce minerai. Ces mines sont contrôlées par des milices armées qui financent leurs conflits grâce à la vente du coltan. Chaque fois que nous achetons un nouveau smartphone, nous participons, à notre insu, à cette chaîne de destruction forestière et d'exploitation humaine.


L'extraction du coltan a dévasté les forêts d'Ituri, modifiant pour toujours des sites qui étaient l'habitat de gorilles, d'okapis, d'éléphants et de singes, et où vivaient les peuples Mbuti. Des espèces entières sont menacées par des téléphones que nous remplaçons en moyenne tous les deux ans.


Que peut-on faire ?


Face à ce constat accablant, le sentiment d'impuissance est compréhensible. Mais il existe des gestes concrets, accessibles à tous, qui peuvent faire une vraie différence.


Réduire sa consommation de viande est sans doute le geste le plus impactant. Pas nécessairement devenir végétarien du jour au lendemain : simplement réduire. Un repas sans viande par jour représente une réduction significative de son empreinte forestière. Choisir des produits sans huile de palme, opter pour du cacao et du café certifiés durables, éviter le tabac, prolonger la durée de vie de son smartphone en évitant les renouvellements inutiles : chaque geste compte.


Soutenir les associations qui se battent contre la déforestation est un autre levier puissant. Et si vous souhaitez le faire sans débourser un centime, 1 CLIC 1 DON vous permet de financer des actions de reforestation et de protection des forêts simplement en regardant une courte vidéo publicitaire de 15 secondes sur www.1clic1don.fr. Un clic peut planter un arbre. Des millions de clics peuvent changer la trajectoire d'une forêt.


La forêt n'est pas une ressource abstraite. Elle est le système de vie de notre planète : elle abrite 80% de la biodiversité terrestre, régule le climat, purifie l'air et l'eau de milliards d'êtres vivants. La perdre, c'est nous perdre nous-mêmes. Et ce sont nos choix de consommation quotidiens qui décident de son avenir, minute après minute, terrain de football après terrain de football.


Sources


FAO, La situation des forêts du monde, 2020 : données sur la déforestation mondiale et le rôle de l'élevage


FAO, Livestock's Long Shadow, 2006, et Tackling Climate Change Through Livestock, 2013 : impact de l'élevage sur les émissions de GES et la déforestation


All4trees.org : données sur le pâturage bovin et la déforestation mondiale


Notre-planete.info : données sur les matières premières responsables de la déforestation


CNCT et OMS, Tobacco: poisoning our planet, 2022 : impact du tabac sur la déforestation


Amnesty International et UNICEF : données sur le travail des enfants dans les mines de coltan en RDC


Global Forest Coalition, 2024 : impact de l'extraction du coltan sur les forêts de RDC


Mouvement Mondial pour les Forêts Tropicales : dévastation des forêts d'Ituri par l'extraction du coltan